• Trois petits topos traitant d'économie...

    Trois petits topos traitant d’économie (initialement diffusé en 3/2016) :

     

    -         *  La formation

    -         *  Comment une reprise économique peut créer du chômage

    -         * Pourquoi les travailleurs français sont parmi les plus productifs au monde.

     

     

    1)  La formation

    La politique européenne néo-libérale nous restreignant de faire du déficit, la gestion de la monnaie appartenant à la BCE, et les règles européennes empêchant l’interventionnisme économique de l’état dans nos sociétés et dans les flux de biens et de capitaux, la formation reste un des seuls leviers économiques à la disposition d’un gouvernement, et il est étonnant que celui-ci n’aie pas été plus exploité.

    En effet il est très rentable. En supposant :

    -          qu'une formation coûte 20 000€/an/personne,

    -          que le taux de productivité horaire est de 36.35€/heure (2),

    -          que la personne est payée le SMIC et que celui-ci ne donne pas lieu à prélèvements,

    -          et que le taux d'imposition moyen est de 62.7% pour la création de richesse (1),

     

    Alors on a, une production nouvelle de (36.35€ x 35h x (52-5) semaines), soit une création de richesse 59 795€/an/personne formée. Si le taux d’imposition des entreprises s’applique à cette création de richesse, alors l’état récupère 59 795 € x 62.7% soit 37 491 par an €. 20 000€ de dépensé, 37 491€ de recette soit un rendement de 87.49% par an...sans parler des indemnités de chômages et autres prestations sociales économisées...

    Les offres d’emploi non pourvues seraient entre 150 000 et 300 000 (3). 37 491 x 150 000 = 5,6 milliards d’euros. Multiplié par 2 (pour 300 000) donne 11.2 milliards d’euros.

    Euh… qu’attend le gouvernement ?

    (1) Données rexecode : http://www.coe-rexecode.fr/.../Le-taux-d-imposition-moyen...

    (2) http://fr.irefeurope.org/Productivite-du-travail-Non-la...

    (3) http://www.lepoint.fr/economie/chomage-el-khomri-mobilisee-sur-les-300-000-emplois-non-pourvus-25-09-2015-1967977_28.php

     

    2) Circonstance dans lesquelles une reprise économique peut créer du chômage :

    Cette analyse est basée sur un documentaire récemment diffusé sur RMC découverte.

    Ce documentaire, sur des bûcherons en Caroline du Nord, parle du quotidien de la Goodson's All-Terrain Logging.

    Cette société travaille avec une marge beaucoup plus faible que la concurrence. 7% pour Goodson et 30% pour les autres, selon Goodson lui-même. Pourtant, à la fin de la crise économique de ces dernières années, la société Goodson est encore en activité alors que la plupart de ses concurrents ont mis la clé sous la porte.

    Une clé de compréhension explique cette étrangeté. A un moment Goodson dit qu’il a épuisé en plusieurs mois ce qu’il a mis vingt ans à économiser. La société avait donc des réserves de cash qui lui ont permis de traverser le gros temps.

    Mais ce n’est pas tout. Goodson travaille avec les mêmes employés, certains depuis plusieurs dizaines d’années. Leur expertise leur permet de travailler sur des terrains inaccessibles à d’autres compagnies, comme les marais, qui demandent un savoir-faire approfondi pour que les machines ou les hommes ne se noient pas.

    De plus Goodson a établi une relation de confiance avec une scierie qui lui octroie des parcelles à défricher selon les besoins qu’elle a. Cette relation de confiance repose aussi sur le fait que la scierie puisse tout le temps compter sur Goodson pour défricher n’importe quel terrain. La scierie a donc un intérêt réel à tout faire pour que Goodson survive.

    Ces trois éléments (trésorerie, expertise, confiance du commanditaire) ont bien certainement permis à Goodson de survivre à la crise.

    Arrive la reprise économique. La scierie doit répondre à un afflux de commandes causé par la reprise des constructions de maisons. Comme il ne reste plus beaucoup de bûcherons pour la satisfaire, Goodson met les bouchées doubles, surexploitant les hommes et les machines, ce qui provoque de la casse. Ces casses se traduisent par du chômage, le temps de réparer la mécanique.  La scierie, n’étant plus (ou plus assez) approvisionnée en essences dont elle a besoin, est elle aussi forcée de mettre ses (ou certains de ses) employés au chômage. Les sociétés de construction n’ayant plus assez de matières première, idem.

    La reprise de l’activité économique s’est bien traduite par une création de chômage, en tout cas dans ces secteurs. J’ajoute qu’avec une trésorerie réduite, des banques éventuellement frileuses, et un avenir incertain, il est possible que les machines ne soient pas réparées dans l’immédiat, ce qui aggrave alors le chômage.

     

     

    3) Des raisons qui font que la main-d’œuvre française est parmi les plus productives au monde

    La rigidité du marché du travail, clamée, dénoncée haut et fort par les tenants du patronat, a une conséquence toute simple : les actifs restant longtemps à leur poste, ils acquièrent une expérience qui les rend hyper compétent, d’où leur productivité élevée. (Vous pouvez vous arrêter de lire l’article ici, car le principal est dit).

    En effet, dans l’état actuel des choses, démissionner pour un meilleur emploi comporte des risques puisque le nouvel emploi est assorti de périodes d’essai, et que l’employé ne peut être certain d’être confirmé dans son nouveau poste, ce d’autant plus qu’après cette période d’essai, il devient très compliqué pour l’employeur de licencier. L’employeur a donc toutes les raisons de virer la nouvelle recrue avant qu’il ne soit trop tard, faisant de lui une variable d’ajustement pour son activité économique. Cette logique accroit donc notablement le risque de démissionner. Restant ainsi à son poste sur de longues périodes, l’employé devient hyper compétent dans ce qu’il fait, ce qui explique tout naturellement sa forte productivité.

    A l’inverse, si le marché du travail devient très flexible, alors chaque employé ira plus facilement là où le salaire sera plus élevé, puisque le risque d’être viré sera désormais le même partout, ce qui accroitra le taux de rotation des employés. A chaque démission l’employeur devra trouver un nouvel employé, devant parfois augmenter le salaire pour le recruter. Il devra également  le former, temps durant lequel l’entreprise ne pourra produire à pleine capacité, voyant même parfois ses machines cassées par un novice ne sachant pas les utiliser. Tout cela rendra l’entreprise moins compétitive, puisqu’accroissant ses coûts de production.

    Pour donner une idée de ces coûts, je reprends l’exemple des bûcherons, mais cette fois-ci au Canada. Le documentaire de RMC Découverte montre que le travail est dur, les relations avec l’employeur mauvaises. Les conducteurs de camions s’en vont dès qu’ils le peuvent, bien facilement remplacés par d’autres, grâce à un marché de l’emploi hyper fluide. Sauf que les nouvelles recrues n’ont pas l’expertise de ceux qui sont partis. Conduire un camion chargé à bloc de troncs d’arbre sur une route verglacée peut se révéler délicat, même dangereux. Un accident, et les réparations du camion peuvent facilement s’élever à 50 000$, sans parler de la perte de revenus due à l’impossibilité d’utiliser le camion et le risque pour les conducteurs. L’entreprise paye très chèrement la flexibilité du travail.

    Pour avoir un marché de l’emploi fluide et que cela ne coûte pas grand-chose à l’employeur de renouveler ses employés, il faut donc que l’activité soit simple, ce qui est rare car de telles activités sont facilement automatisées. La non-reconnaissance du travail, qui mène à l’idée qu’il faut un marché du travail moins rigide, se traduirait inévitablement par une perte de compétitivité massive, à cause des coûts de formation et des casses de machine élevées (ou des erreurs de traitement pour le tertiaire).

    Sans parler du fait que dans un marché de l’emploi fluide, les gens qui sont plus facilement embauchés sont aussi plus facilement virés, ce qui accroit la volatilité de l’activité économique globale et rend, ipso facto,  la gestion financière de l’entreprise plus délicate.

    La rigidité du marché de l’emploi français se traduit donc par une productivité élevée des travailleurs et une plus grande stabilité des cycles économiques, et vouloir changer cela serait une catastrophe économique autant pour les travailleurs que pour les employeurs, et il faudrait sans doute des dizaines d’années pour que l’économie dans sa globalité s’adapte à cette nouvelle donne.

     

     


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