• Petit laïus traitant du revenu universel.


    Petit laïus traitant du revenu universel.

     

    B. Hamon a proposé, dans ses mesures, l’instauration d’un revenu universel, c’est-à-dire, si on le prend au pied de la lettre, sans condition, pour tous.

     

    Voici quelques réflexions concernant cette mesure.

     

    D’abord Milton Friedman, le monétariste, prix Nobel d’économie, chantre du néo-libéralisme, aurait proposé une mesure semblable au revenu universel…

    En fait, et je reprends un article du Monde (  http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/04/21/le-revenu-universel-genealogie-d-une-utopie_4906393_3232.html ), il s’agirait d’un impôt négatif pour tous ceux gagnant moins d’un revenu déterminé. Exemple : si ce revenu est déterminé à 30 000€, la personne gagnant 20 000 € pourrait recevoir (30 000€ – 20 000 €) x 0.50 = 5 000€. La personne gagnant 0 recevrait (30 000€ - 0) x 0.50 = 15 000€.

    D’après cet article M. Friedman développerait cette idée dans son livre : Capitalisme et Liberté (1962).

     

    Pour ma part je vois au moins deux inconvénients à cette mesure :

    -          aggraver une récession dans le cas où le salaire de référence se mettrait à baisser, réduisant tous les versements y étant indexés ;

    -          créer de l’inflation lors de sa mise en place, ce qui correspondrait à une baisse du pouvoir d’achat pour tous.

     

    Quant aux avantages ils semblent se situer essentiellement dans la sphère psychologique : réduction des angoisses ayant trait au fait de ne pouvoir assurer sa propre subsistance, ce qui n’est pas rien, mais avec l’inconvénient que les individus essaieraient probablement d’investir leurs énergies dans d’autres activités qui leurs procureraient du frisson, ce qui pourrait être néfaste pour la société (du pain et des jeux)…

    Au niveau de l’économie l’avantage d’une telle mesure serait de faire disparaître un certain nombre de « pièges à pauvreté ». Qu’est-ce qu’ « un piège à pauvreté » ? Un piège à pauvreté c’est quand par exemple une couturière fait son métier à l’aiguille plutôt qu’à la machine à coudre. Son moindre rendement signifie de plus faibles revenus. Si ceux-ci sont trop faibles pour économiser, alors elle ne pourra pas acheter la machine à coudre qui justement lui permettrait de sortir de la pauvreté. Avoir un revenu universel permettrait à la couturière de s'acheter cette machine à coudre. La question est essentielle quand il s’agit de la formation, dont le coût peut être astronomique et inaccessible aux bas salaires, tels que ceux des autoentrepreneurs, ou quand il s'agit d'acquérir une voiture pour aller à son travail, ou bien pouvoir payer le loyer d'un logement plus proche de son travail, et du coup réduire ses frais de transports...

     

    Quant à l’argument du coût pharamineux de cette mesure, il est sans doute d’une extrême complexité. Néanmoins on peut peut-être le ramener au déficit commercial. En effet le taux de rotation de l’argent (sauf erreur de ma part) est de 2.1 en France. C’est-à-dire que 10€ injectés dans le système par l’État font 21 € de revenus pour l’économie (10 x 2.1). Si le taux d’imposition moyen est de 50% alors les revenus de l’état sont de  21 x .5 = 10.5€, soit un bénéfice de 0.5€ pour l’État. Bien sûr si une partie de ces 21€ part à l’étranger à cause des importations, alors ce système peut devenir déficitaire, puisqu’il ne génère plus 21€.

    En 2015 le taux de prélèvement obligatoire était de 44.6% soit un revenu de 9.37€ pour l’État pour 10€ injectés dans l'économie soit un déficit de 0.63€ ... Si le coût originel de cette mesure est de 500 milliards injectés dans l'économie, le coût réel après prélèvements est en réalité de 31.5 milliards d'euros, à moins d'augmenter le taux de prélèvements au-dessus de 50%...

     

    Une mesure probablement plus efficace dans un premier temps serait pour l’État de simplifier et de financer intégralement les dispositifs de formations, permettant ainsi à toute personne désirant se former de recevoir une rémunération et de se réinsérer dans l’économie. Le versement du revenu universel pourrait alors venir en complément d’une telle mesure, car il existe un certain nombre d’activités qui ne sont pas rémunérées dans l’économie, comme le travail à la maison, qui mérite pourtant reconnaissance…


  • Commentaires

    1
    Mardi 28 Février à 12:35

    Un peu compliqué tout ça mais intéressant. De toutes manières, Hamon n'a aucune chance d'être élu et son programme se doit donc d'être utopique, pour faire avancer la réflexion. Je pense aussi qu'un certain Stef devrait se présenter à la présidence de la république.

    Pour revenir au revenu universel, je pense que l'état se doit d'assurer à chacun un revenu, un minimum vital, mais pas sous la forme d'un revenu universel. Un revenu pour tous, oui, mais sur dossier,c'est à dire que ceux qui sont en âge et en état de travailler doivent au moins rechercher du travail sérieusement, et que les jeunes ayant besoin d'être aidés doivent effectivement faire des études. Mais pas de prime à la paresse. Amicalement à toi.

    Par contre on peut envisager de donner ce revenu universel aux mères au foyer élevant des enfants et aux personnes consacrant tout leur temps à un parent très âgé.

      • Mardi 28 Février à 13:07

        Merci Dominique pour ton retour très intéressant ! Ces questions sont en effet bien compliquées !

    2
    Mardi 28 Février à 14:11

    ...De plus le fait de juger sur dossier est très délicat, source d'injustice, de sentiment d'être fliqué, et nécessiterait beaucoup de main d’œuvre administrative. Cela mettrait de plus des néophytes dans un métier donné en position de juger des professionnels dans ce même métier. Par exemple on pourrait reprocher à un psychologue clinicien de ne pas avoir accepté un poste de neuropsychologue (pour lequel il n'est pas qualifié) à temps partiel à 500 km de sa famille, alors que rien que les frais de logement lui prendrait la totalité de ce nouveau revenu, ce qui serait en plus disrupteur pour l'équilibre familial, avec des coûts sociétaux en découlant (délinquance, chômage)... et ce n'est qu'un exemple. C'est pourquoi je crois qu'il est essentiel de laisser aux acteurs économiques la décision de leur propre choix.

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